Qu'est-ce que le scope 3 ?
Le scope 3 rassemble les émissions indirectes d'une entreprise qui ne relèvent ni de ses sources directes (scope 1), ni de l'énergie qu'elle achète (scope 2). Ce sont les émissions générées en amont et en aval de son activité, tout au long de sa chaîne de valeur : par ses fournisseurs, ses transporteurs, ses salariés qui se déplacent, et par l'usage puis la fin de vie des produits qu'elle vend.
La notion vient du GHG Protocol, la méthode internationale de comptabilité carbone. Son standard scope 3, publié en 2011, est la seule méthode reconnue mondialement pour comptabiliser ces émissions de chaîne de valeur. Pour situer le scope 3 par rapport aux deux autres périmètres, commencez par les scopes 1, 2 et 3.
Un point revient dans tous les bilans : selon le GHG Protocol, la majeure partie des émissions d'une entreprise provient le plus souvent du scope 3, pas de ses opérations directes. L'ignorer revient à passer à côté de l'essentiel de son bilan carbone.
Quelles sont les 15 catégories du scope 3 ?
Le GHG Protocol répartit le scope 3 en 15 catégories : 8 en amont (ce qui entre dans l'entreprise) et 7 en aval (ce qui en sort). Toutes ne concernent pas votre activité, et l'idée n'est pas de toutes les remplir, mais d'identifier celles qui pèsent.
| N° | Catégorie | Amont / Aval |
|---|---|---|
| 1 | Achats de biens et services | Amont |
| 2 | Biens immobilisés (équipements, bâtiments) | Amont |
| 3 | Émissions liées aux combustibles et à l'énergie (hors scopes 1 et 2) | Amont |
| 4 | Transport et distribution en amont | Amont |
| 5 | Déchets générés par l'activité | Amont |
| 6 | Déplacements professionnels | Amont |
| 7 | Déplacements domicile-travail des salariés | Amont |
| 8 | Actifs loués en amont | Amont |
| 9 | Transport et distribution en aval | Aval |
| 10 | Transformation des produits vendus | Aval |
| 11 | Utilisation des produits vendus | Aval |
| 12 | Fin de vie des produits vendus | Aval |
| 13 | Actifs loués en aval | Aval |
| 14 | Franchises | Aval |
| 15 | Investissements | Aval |
Selon votre secteur, le poids se concentre sur quelques catégories. Une entreprise industrielle verra surtout les achats de matières (catégorie 1) et l'usage des produits vendus (catégorie 11). Une entreprise de services aura surtout des achats de prestations, des déplacements et du numérique. Une banque ou un assureur concentre l'essentiel de son empreinte sur les investissements (catégorie 15).
Pourquoi le scope 3 est-il si difficile à calculer ?
Parce qu'il dépend de données qui ne sont pas dans vos murs. Vos consommations d'énergie ou de carburant, vous les avez sur vos factures. Les émissions d'un composant acheté, du transport sous-traité ou de l'usage de votre produit chez le client, il faut aller les chercher ailleurs, chez des tiers qui ne les mesurent pas toujours eux-mêmes.
L'ampleur du poste explique pourquoi il est autant négligé. D'après un rapport de Boston Consulting Group et du CDP publié en juin 2024, les émissions scope 3 de chaîne d'approvisionnement déclarées en 2023 étaient en moyenne 26 fois supérieures aux émissions directes (scopes 1 et 2). Pourtant, seules 15 % des entreprises déclarant au CDP s'étaient fixé un objectif de réduction sur le scope 3. Autrement dit, le plus gros de l'empreinte est aussi le moins piloté. Le détail est dans le communiqué « Scope 3 Upstream: Big Challenges, Simple Remedies » du CDP.
Deux approches coexistent pour estimer une émission scope 3. La donnée physique (kilos de matière, kilomètres, kilowattheures), multipliée par un facteur d'émission précis. Et la donnée monétaire (euros dépensés), multipliée par un facteur monétaire, moins précise mais rapide à mobiliser quand la donnée physique manque. On commence souvent en monétaire pour cartographier les postes, puis on affine les plus lourds en physique. Le détail des facteurs est traité dans facteurs d'émission et Base Empreinte.
Comment collecter les données fournisseurs ?
En engageant vos fournisseurs, progressivement, en commençant par ceux qui pèsent le plus. Vous n'obtiendrez pas de donnée primaire de tous vos fournisseurs du premier coup, et ce n'est pas l'objectif. La bonne séquence :
- Cartographier vos achats et repérer les fournisseurs qui concentrent l'essentiel de vos dépenses et de vos émissions.
- Estimer une première fois en monétaire, à partir de vos montants d'achats et des facteurs de la Base Empreinte de l'ADEME, pour savoir où agir.
- Demander la donnée réelle (facteur produit, empreinte fournie) aux fournisseurs prioritaires, et remplacer l'estimation par cette donnée primaire.
- Élargir d'année en année, en intégrant plus de fournisseurs et de catégories.
L'engagement fournisseurs n'est pas qu'une affaire de collecte : il change la trajectoire. Toujours selon BCG et le CDP (juin 2024), les entreprises qui engagent leurs fournisseurs sur le climat sont près de 7 fois plus susceptibles d'avoir un objectif scope 3 et un plan de transition aligné 1,5 °C. La donnée que vous demandez pousse aussi vos fournisseurs à mesurer.
Quelle part estimer quand les données fournisseurs manquent ?
Vous estimez, sans bloquer le bilan. Un scope 3 n'est jamais complet à 100 % en données primaires, et le GHG Protocol l'admet : on comble les trous par des méthodes secondaires, puis on remplace au fil du temps par de la donnée réelle. Les méthodes courantes :
- l'approche monétaire (spend-based) : montant dépensé × facteur monétaire, utile pour couvrir vite un large périmètre ;
- les moyennes sectorielles ou données par défaut, quand un facteur physique existe pour un type de produit ou de service ;
- l'extrapolation : appliquer la donnée d'un fournisseur représentatif à des fournisseurs comparables.
L'important est de documenter la méthode retenue pour chaque poste et de la garder stable d'une année sur l'autre, pour que vos écarts reflètent de vraies évolutions et pas un changement de calcul. Un bilan imparfait mais transparent vaut mieux qu'un bilan retardé en attendant une donnée parfaite qui n'arrivera pas.
Le scope 3 est-il obligatoire ?
Cela dépend de votre situation. Dans le bilan réglementaire français (le BEGES), le scope 3 n'est obligatoire que pour les entreprises soumises à la CSRD ; les autres entreprises privées ne sont tenues qu'aux scopes 1 et 2. Le détail figure dans le bilan carbone obligatoire (BEGES). Pour les entreprises soumises à la CSRD, la norme climat ESRS E1 impose de couvrir les émissions indirectes significatives, scope 3 compris. Et au-delà de l'obligation, la plupart des donneurs d'ordre et des référentiels de notation le réclament.
Structurez votre scope 3 avec Ditto
Le scope 3, c'est là que se joue l'essentiel de votre empreinte et le plus gros du travail de collecte. Ditto centralise vos données d'achats, de transport et de déplacements, applique les facteurs d'émission, repère les catégories significatives et les données manquantes, et structure l'engagement de vos fournisseurs prioritaires. Un coach dédié vous transmet la méthode pour que vous soyez autonome au cycle suivant. Et pour un premier scope 3, une plateforme comme Ditto fait gagner du temps, mais une cartographie claire de vos achats et un premier calcul en monétaire constituent déjà un vrai point de départ.
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Un expert Ditto fait le point avec vous sur vos catégories significatives, vos données fournisseurs et la méthode de calcul.
L'essentiel à retenir
| Élément | Résumé |
|---|---|
| Définition | Émissions indirectes hors énergie achetée, en amont et en aval de la chaîne de valeur |
| Catégories | 15 au total : 8 en amont, 7 en aval (GHG Protocol) |
| Poids | Le plus souvent la majeure partie de l'empreinte ; en moyenne 26x les scopes 1 et 2 (CDP/BCG, 2024) |
| Difficulté | Données hors de l'entreprise ; on estime en monétaire puis on affine en physique |
| Données fournisseurs | Engager d'abord les fournisseurs prioritaires, remplacer les estimations par de la donnée réelle |
| Obligation | Au BEGES, scope 3 obligatoire seulement si CSRD (ESRS E1) ; sinon recommandé |
Questions fréquentes
Quelles sont les 15 catégories du scope 3 ?
Le GHG Protocol définit 8 catégories amont (achats de biens et services, biens immobilisés, combustibles et énergie, transport amont, déchets, déplacements professionnels, déplacements domicile-travail, actifs loués amont) et 7 catégories aval (transport aval, transformation des produits vendus, utilisation des produits vendus, fin de vie des produits vendus, actifs loués aval, franchises, investissements).
Pourquoi le scope 3 est-il difficile à mesurer ?
Parce qu'il dépend de données qui ne sont pas dans vos murs : émissions de vos fournisseurs, de vos transporteurs, de l'usage de vos produits. Ces tiers ne les mesurent pas toujours. On comble d'abord par des estimations (approche monétaire, moyennes sectorielles), puis on remplace par de la donnée primaire sur les postes qui pèsent.
Faut-il déclarer les 15 catégories du scope 3 ?
Non. Le GHG Protocol demande de couvrir les catégories significatives, celles qui pèsent le plus pour votre activité. Une entreprise de services se concentre sur les déplacements et les achats de prestations, une entreprise industrielle sur les matières premières et l'usage des produits vendus.
Le scope 3 est-il inclus dans le bilan carbone obligatoire ?
Seulement pour les entreprises soumises à la CSRD, qui doivent couvrir leurs émissions indirectes significatives au titre de la norme ESRS E1. Les autres entreprises privées ne sont tenues qu'aux scopes 1 et 2 dans le BEGES ; le scope 3 y reste recommandé mais pas imposé.
