Ugo Le Borgne, Directeur des Opérations chez Ditto, animait la table ronde avec deux intervenantes :
- Alice Viault, Responsable RSE chez Ligne Roset, qui a partagé cinq ans de retour d'expérience dans un groupe familial industriel de 650 collaborateurs.
- Léa Lamiral, Responsable Stratégie Climat chez VERACY, qui accompagne des entreprises dans la construction de leur stratégie climat et de décarbonation.
Plusieurs participants ont également pris la parole spontanément, ce qui a rendu la discussion particulièrement riche. Voici les trois enseignements principaux de cette soirée.
1. Sans sponsors, la démarche RSE ne décolle pas
Quand la direction est embarquée dès le départ
C'est probablement le sujet qui a le plus résonné dans la salle. Structurer une démarche RSE dans une entreprise, c'est un projet transversal par nature. Et un projet transversal sans appui de la direction ou de relais internes, ça avance difficilement.
Alice a eu la chance d'arriver chez Ligne Roset avec le soutien d'un des deux directeurs généraux, Antoine Roset. Sa participation à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) a été un accélérateur majeur : prise de conscience de l'ampleur des enjeux, découverte de la démarche régénérative, et volonté d'inscrire l'entreprise dans une nouvelle ère.
« Mon arrivée était un signal assez fort de la direction générale. Ils étaient convaincus que c'était le sens dans lequel ils voulaient faire évoluer la société. » — Alice Viault, Responsable RSE, Ligne Roset
Léa confirme l'impact concret de cet engagement : quand la direction donne une impulsion claire, les équipes opérationnelles sont libérées. Lors de la construction des plans d'action chez Ligne Roset, personne n'avait peur que les propositions soient rejetées. Cela permet de construire des choses ambitieuses et de remettre en question les habitudes.
Quand il faut aller chercher l'adhésion autrement
Mais tout le monde n'a pas cette chance. Un des participants a témoigné avec beaucoup de lucidité sur la réalité de nombreuses PME et ETI : arriver sur un poste RSE nouvellement créé, devoir tout construire de zéro, et trouver les bons leviers pour embarquer progressivement les équipes et la direction.
Chez Ditto, cette situation est fréquente. L'une des stratégies qui fonctionne : identifier des sponsors dans les services clés (un allié aux RH, un autre aux achats), constituer un premier comité de pilotage, communiquer sur les premières victoires en interne, et laisser les sujets positifs remonter progressivement aux oreilles de la direction.
Alice confirme l'importance de cette approche. Son directeur des achats était sceptique à son arrivée. C'est en comprenant les leviers concrets pour son propre métier (alternatives fournisseurs, optimisation matières) qu'il est devenu un allié.
« Notre directeur des achats a commencé à être motivé sur ces sujets et aussi promoteur. C'est maintenant un allié pour moi pour faire avancer les choses. » — Alice Viault, Ligne Roset
2. Le métier de responsable RSE se transforme en profondeur
De l'animation à la technique
C'est un constat partagé par l'ensemble des participants. Le métier de responsable RSE n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'il était il y a cinq ans.
Ugo a posé le cadre : quand il a commencé dans ce métier, le rôle était centré sur l'animation de la démarche, la sensibilisation, la transmission de valeurs. Aujourd'hui, les responsables RSE jonglent avec des bilans carbone, des analyses de cycle de vie, des méthodologies de scoring EcoVadis et CDP, des indicateurs de performance, du reporting réglementaire.
Alice le vit au quotidien chez Ligne Roset. Les analyses de cycle de vie nécessitent de faire appel à des experts. Le suivi d'indicateurs, la production de reporting, la réponse aux référentiels : tout cela demande des compétences techniques qui ne s'improvisent pas.
Un rôle de plus en plus stratégique
Léa résume bien la tension : le responsable RSE doit désormais naviguer entre science, réglementaire et stratégie pour avoir une portée réelle auprès de la direction. Le rôle est à la fois plus data-driven et plus stratégique.
« L'enjeu du responsable RSE, c'est de ne pas rester cantonné dans le reporting réglementaire, mais de voir toute la valeur qu'il y a derrière. » — Léa Lamiral, VERACY
Ce point a trouvé un écho fort dans la salle. Plusieurs participants ont partagé leur difficulté à gérer seuls l'ensemble de ces sujets, souvent sans équipe dédiée.
Ce qu'on retient : confier la RSE à un alternant ou à une personne qui cumule ce rôle avec d'autres fonctions ne suffit plus. Le bilan carbone, les référentiels, le reporting et l'intégration stratégique demandent des compétences dédiées et du temps. On passe du responsable RSE qui anime au responsable RSE qui produit, pilote et influence.
3. Les évaluations RSE ont des impacts business très concrets
Emprunts, financements, appels d'offres
La troisième partie de la table ronde a abordé un sujet qui parle à toutes les directions : le retour sur investissement de la démarche RSE.
Alice a partagé plusieurs exemples chez Ligne Roset. La notation EcoVadis et le label EPV leur ont permis d'obtenir des emprunts à taux préférentiel. Un financement ADEME pour un diagnostic éco-conception a ouvert un chantier majeur sur la durabilité des produits. Et dans les échanges commerciaux B2B, la démarche RSE structurée constitue un avantage différenciant.
« Nos engagements nous ont permis d'avoir des emprunts à taux préférentiel. La RSE nous donne aussi des échanges privilégiés avec certains clients. » — Alice Viault, Ligne Roset
Un des intervenants a confirmé côté fournisseur industriel : Airbus exige le CDP, Naval Group demande au minimum une médaille EcoVadis, Orano intègre 14% de critères RSE dans ses appels d'offres. Ce n'est plus optionnel.
La RSE comme condition d'accès au marché
Reda Bendjebbour, Directeur Qualité et RSE du Groupe Tosevents (qui était à la fois invité et traiteur de notre soirée), a pris la parole avec un témoignage qui a marqué les esprits. Initialement confronté à un actionnaire sceptique, il estime aujourd'hui qu'entre 30 et 45% du chiffre d'affaires de son groupe est conditionné à l'obtention d'une certification.
« Plutôt que de me demander ce que ça va coûter, la RSE, voyons déjà ce que ça nous rapporte. Sur le plan humain, au quotidien, mais aussi en termes de business. » — Reda Bendjebbour, Directeur Qualité et RSE, Groupe Tosevents
Sa stratégie : un binôme RSE avec Patrice Knecht, directeur général de la Fine Fourchette, des pilotes dans chaque service, des relais RSE inscrits dans les fiches de poste, et une approche qui consiste à expliquer à chaque métier son rôle concret dans la démarche.
Chez Ditto, nous observons ces dynamiques au quotidien. Des clients ont économisé des centaines de milliers d'euros d'intérêts grâce à des prêts bonifiés, et d'autres ont perdu puis récupéré des contrats majeurs en fonction de l'évolution de leur notation EcoVadis. Les deux portes d'entrée principales pour les banques restent la notation EcoVadis pour la RSE globale, et le bilan carbone avec une trajectoire de décarbonation claire pour les sujets climatiques.
En bonus : communiquer sur sa RSE sans surjouer
Un échange spontané en fin de table ronde a porté sur un sujet sensible : comment communiquer sur sa démarche RSE sans tomber dans le greenwashing ?
Alice assume la prudence de Ligne Roset : l'entreprise préfère avancer pas à pas et ne pas s'avancer sur des sujets qui ne sont pas encore bien structurés. L'approche est cohérente avec l'ADN d'un groupe familial de 160 ans.
Ugo a observé que le risque de greenwashing est le plus élevé quand la RSE est gérée comme un sujet de communication plutôt que comme un sujet de fond. À l'inverse, beaucoup d'entreprises ne communiquent pas assez sur ce qu'elles font bien.
Le consensus de la soirée : assumer ses imperfections, être transparent sur le chemin qu'il reste à parcourir, et construire un discours cohérent dans la durée. C'est souvent plus crédible qu'un rapport RSE trop poli.
Ce format vous intéresse ?
C'était notre premier afterwork RSE et nous comptons renouveler ce format à Lyon et dans d'autres villes. Si vous êtes responsable RSE et que vous aimeriez participer au prochain, écrivez-nous.
Merci à notre partenaire VERACY pour la co-organisation, à Alice, Léa et Reda pour leurs témoignages, et à l'ensemble des participants pour la qualité des échanges. Et merci à Reda et le Groupe Tosevents pour le cocktail dinatoire engagé qui a prolongé les discussions.
Valoriser ses engagements RSE : ce qu'on retient
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