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Coordonnées de parcelles EUDR : chez les petits producteurs, la collecte se joue sur le terrain
L'EUDR exige la géolocalisation de chaque parcelle. Point ou polygone, règle des 4 hectares, coopératives : comment obtenir et vérifier ces données.

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Six décimales de latitude et de longitude, c'est une position à une dizaine de centimètres près. C'est la précision minimale que le règlement européen contre la déforestation (EUDR, pour EU Deforestation Regulation, règlement (UE) 2023/1115) exige pour chaque parcelle ayant produit le cacao, le café, l'huile de palme ou le caoutchouc que vous mettez sur le marché de l'Union. La donnée existe, mais elle se trouve en bordure d'un champ de deux hectares, souvent à des milliers de kilomètres de votre service achats, chez un producteur à qui personne ne l'a encore demandée.
L'article 9 du règlement impose que la déclaration de diligence raisonnée contienne la géolocalisation de toutes les parcelles où les matières premières concernées ont été produites, ainsi que la date ou la période de production. Depuis la révision adoptée en décembre 2025 (règlement (UE) 2025/2650), les obligations s'appliquent au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les micro et petites. Une campagne de collecte auprès de plusieurs milliers de petits producteurs prend au moins une saison de récolte : le calendrier est plus serré qu'il n'en a l'air.
Un point sous 4 hectares, un polygone au-delà
Le format est fixé par le règlement lui-même, dans sa définition de la géolocalisation. Deux cas :
- Parcelle de 4 hectares ou moins : un point unique de latitude et de longitude, avec au moins six décimales, suffit juridiquement.
- Parcelle de plus de 4 hectares : le polygone est obligatoire, c'est-à-dire suffisamment de points de latitude et de longitude pour décrire le périmètre de la parcelle. Seule exception, les bovins, pour lesquels la géolocalisation des établissements suffit.
La plupart des parcelles de cacao ou de café en petite production passent sous le seuil des 4 hectares : un point suffirait donc. Collectez tout de même des polygones partout où c'est possible. Un point vous dit qu'une parcelle existe quelque part autour de cette position ; un polygone vous dit où elle s'arrête, ce qui est exactement ce qu'un contrôle de couvert forestier demande. Le surcoût de terrain est réel (parcourir le périmètre plutôt que se poster au milieu du champ), mais vous ne le payez qu'une fois.
Le système d'information européen accepte les données au format GeoJSON, en degrés décimaux WGS84. Exigez ce format dès le premier jour. Une saison de coordonnées livrées en captures d'écran, en scans PDF ou dans un tableur où des virgules remplacent les points décimaux est une saison perdue.
Bon à savoir : les six décimales sont un minimum dans le texte, pas une preuve de qualité. Une coordonnée complétée de zéros pour atteindre six décimales passe le contrôle de format et ne pointe toujours sur rien. Vérifiez comment la donnée a été relevée, pas seulement comment elle est écrite.
L'intermédiaire ne porte pas l'obligation à votre place
L'EUDR oblige l'entreprise qui met le produit sur le marché de l'Union. Depuis la révision de décembre 2025, seul ce premier opérateur dépose la déclaration de diligence raisonnée ; les entreprises en aval conservent et transmettent son numéro de référence. Ce que le règlement ne fait jamais, c'est obliger le petit producteur en Côte d'Ivoire ou en Indonésie. Le fournisseur de votre fournisseur ne vous doit rien au titre de l'EUDR. Si une donnée vous parvient, c'est parce que quelqu'un l'a contractualisée, payée, ou collectée sur place.
Cela change la façon de travailler avec les coopératives et les négociants :
- Mettez la donnée dans le contrat, à la livraison. Une clause exigeant « la conformité EUDR » est décorative. Une clause exigeant un fichier GeoJSON listant chaque parcelle contributrice, avec les dates de production, joint à chaque lot, est une spécification que l'on peut tenir ou manquer.
- Demandez comment le lot a été assemblé. La déclaration doit lister toutes les parcelles ayant produit la matière contenue dans le produit. Une coopérative qui mélange les récoltes de trois cents adhérents dans un même silo doit vous fournir trois cents parcelles, pas les coordonnées du silo. Et un lot où entrent des volumes de parcelles non identifiées ne peut pas être déclaré du tout, car on ne démontre pas la conformité de ce qu'on ne sait pas localiser.
- Regardez qui a fait la cartographie. Certaines coopératives ont géoréférencé leurs adhérents pour des programmes de certification et tiennent des registres solides. D'autres sous-traiteront le travail dans l'urgence au premier détenteur de smartphone venu. La première question à poser à un intermédiaire n'est pas « avez-vous les coordonnées » mais « qui a arpenté les parcelles, et quand ».
Bon à savoir : l'article 9 impose que la déclaration porte la date ou la période de production pour chaque parcelle. Consignez-la au moment de la collecte. Reconstituer des dates de récolte un an après, producteur par producteur, est le travail le plus coûteux de tout le dispositif.
Vérifier avant de déclarer : quatre contrôles qui coûtent peu
Le système d'information vérifie que votre fichier est bien formé. Il ne vérifie pas que les parcelles sont réelles. Ce travail vous revient, et l'essentiel coûte peu :
- Le format. GeoJSON valide, WGS84, six vraies décimales. Écartez les fichiers où la même coordonnée se répète chez des dizaines de producteurs.
- La vraisemblance géographique. Affichez un échantillon sur une carte. Des points dans la mer, en centre-ville ou dans le pays voisin sont plus fréquents qu'on ne le croit. Tout comme des polygones de deux fournisseurs différents qui se chevauchent, signe que la même parcelle vous est vendue deux fois.
- La cohérence volume/surface. Comparez le tonnage déclaré d'un lot avec la surface totale qui le justifie. Un coteau de petites parcelles a une plage de rendement plausible ; un lot qui la dépasse d'un ordre de grandeur contient des volumes venus de parcelles qu'on ne vous a pas données.
- Le couvert forestier en 2020. L'Observatoire européen de la déforestation et de la dégradation des forêts publie une carte mondiale du couvert forestier en 2020, la date butoir du règlement, à 10 mètres de résolution, en accès libre. Elle est explicitement non contraignante et non exhaustive, mais elle vous dit quelles parcelles méritent un examen avant de signer la déclaration. Au titre de l'article 9, une déforestation sur une seule parcelle après le 31 décembre 2020 disqualifie la production de cette parcelle, aussi propre que soit le reste du fichier.
Commencez maintenant, par la matière première et l'origine qui pèsent le plus dans vos volumes. Faites entrer les clauses au contrat avant la prochaine récolte, exigez polygones et dates de production dès la première livraison, et passez les quatre contrôles sur chaque fichier avant qu'il n'approche une déclaration de diligence raisonnée. Des coordonnées vérifiées une fois sont un actif pour toutes les campagnes suivantes ; des coordonnées acceptées sur parole sont un passif avec un numéro de référence.
Questions fréquentes
Un point GPS suffit-il pour une parcelle de cacao de 3 hectares ?
Juridiquement, oui. Le règlement (UE) 2023/1115 n'impose le polygone qu'aux parcelles de plus de 4 hectares. En dessous, un point de latitude et de longitude avec au moins six décimales suffit. Le polygone reste préférable en pratique, car il permet de confronter les limites de la parcelle aux cartes de couvert forestier.
Une coopérative peut-elle fournir une seule coordonnée pour tous ses adhérents ?
Non. La déclaration de diligence raisonnée doit contenir la géolocalisation de chaque parcelle ayant produit la matière première contenue dans le produit. Une coopérative qui regroupe les récoltes de ses adhérents doit fournir les coordonnées des parcelles de chaque adhérent, pas celles de son entrepôt ou de son point de collecte.
Que se passe-t-il si une parcelle sur mille a été déboisée après 2020 ?
Au titre de l'article 9 du règlement (UE) 2023/1115, une déforestation sur une parcelle après le 31 décembre 2020 disqualifie les matières premières produites sur cette parcelle. Un lot contenant des volumes issus de cette parcelle ne peut pas être mis sur le marché de l'Union, d'où l'intérêt de filtrer les parcelles avant d'assembler les lots, pas après.
À partir de quand les obligations EUDR s'appliquent-elles ?
Depuis le règlement (UE) 2025/2650, publié en décembre 2025, les obligations s'appliquent au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises.


